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Sophie Coignard Ça tiendra bien jusqu’en 2017…

Le livre de Sophie Coignard et Romain Gubert « Ça tiendra bien jusqu’en 2017… » et sous-titré Enquête sur la façon dont nous ne sommes pas gouvernés, chez Albin Michel, 2016, repose sur une thèse simple, sinon simpliste : la politique, c’est tenir à tout prix plus que réformer (p. 2) avec deux recettes de l’action politique : procrastiner et communiquer. La thèse est à l’image de la vraie-fausse confidence de François Hollande, faite à ses proches, et qui est devenue le titre qui résume son quinquennat : « Ça tiendra bien jusqu’en 2017 ! »

SCoignard 2017 SCoignard

 

On devine, à la lecture, l’énervement des deux auteurs dont l’importante bibliographie masque la répétition du constat d’impuissance générale, et de plus en plus, une irritation face à la classe politique française. On songe à l’Oligarchie des incapables en 2012, L’Omerta française en 1999 ou La Nomenklatura française en 1986 (ces deux livres avec Alexandre Wickham, comme coauteur de Sophie Coignard). Non seulement on ne réforme pas en France, mais dénoncer ne sert non plus à rien. Rien ne bouge. La politique est devenue le métier de ceux qui n’ont jamais rien fait d’autre et ne savent non plus rien faire d’autre (p. 2). « Cette médiocratie au pouvoir ignore le courage politique, préfère à toute attitude les coups de menton et s’ingénie à ne pas faire de vagues » (p. 3).

Ce livre est un livre d’anecdotes, partagé en deux grandes parties : I. « Ils font semblant de gouverner » ; II. « Et quand ils gouvernent, c’est pire ». Dans la première partie, la communication, l’agitation, la fausse concertation, représentent l’essentiel de l’action politique où parler, c’est agir. Dans la seconde, c’est la litanie des décisions imbéciles, démagogiques et ruineuses qui font une France où le carnet de chèques sert de ligne de conduite. Le livre ne se cantonne pas au seul quinquennat actuel, mais rappelle aussi les constantes du régime en remettant en mémoire celui de Nicolas Sarkosy.

Les histoires se succèdent avec des personnages qui nous sont familiers, pourvu qu’on s’intéresse un peu à la politique, et qu’on découvre sous un jour qui n’est pas celui qu’en donnent leurs communicants attitrés. C’est le voyage en Amérique, un must du standing politique, les amis sont sacrés, le festival d’enrobage. On découvre que le meilleur titre de la presse du 12 février 2016, à propos du dernier remaniement de François Hollande, celui du Parisien libéré « Monsieur Bricolage » est inventé par nos auteurs qui consacrent, sous ce même titre assassin, un chapitre 6 à sa réforme improvisée et manquée de redécoupage régional. Un bon Samaritain à l’Elysée (ou le compassionnisme comme seule politique) ou La fabrique de bonnes nouvelles (la communication des ministères) méritent qu’on s’y arrête. Sophie Coignard y donne les codes de la communication politique. On découvre aussi l’ambition du président dans sa vie antérieure : devenir ministre du budget. « François Hollande n’a jamais été ministre du budget. Mais il a tellement rêvé d’occuper le fauteuil à Bercy qu’il s’y est préparé des dizaines de fois (…). En 1999, en pleine cohabitation et pendant l’affaire de la « cagnotte » (fallait-il redistribuer l’argent aux Français car le déficit était moindre que prévu !?), il a déployé tous ses efforts pour qu’on prenne en compte ses convictions sur la fiscalité. Alors qu’il n’était que le 1er secrétaire du PS, il exigé – et obtenu de Lionel Jospin - que Matignon « rende » aux Français près de 40 milliards d’euros contre l’avis de Christian Sautter, le ministre des comptes publics en titre qui (…) souhaitait garder cette « cagnotte » pour désendetter le pays. (…) En tout cas, début 2011, François Hollande croit son heure arrivée. Bercy, ce sera pour lui en 2012. Son calcul est le suivant : il sera candidat à la « primaire » ; il se fera battre par Dominique Strauss-Kahn mais celui-ci sera bien obligé de prendre ses doléances en compte pour qu’il se rallie à lui » (Chap. 21 Voyage de presse chez le percepteur). C’est ainsi que Sophie Coignard explique l’amateurisme des premières décisions fiscales du quinquennat. Sûr de sa compétence, le président gère et improvise en direct, sans discussion, ni contradiction…. « Quitte à se transformer progressivement en docteur Folamour de la fiscalité ».

La seconde partie est plus navrante encore que la première. Les milliards d’€ s’envolent tant la décision politique est irrationnelle, clientéliste et souvent improvisée quand elle n’est pas le produit du mélange des genres, du conflit d’intérêts ou pire encore. Les affaires sont connues, mais s’égrènent avec une plume acerbe.

La conclusion ouvre une autre piste. Pourquoi la réforme a-t-elle réussi au Canada, en Suède ou en Allemagne ? Paul Martin, Göran Persson ou Gerhard Schröder ont affronté la réalité. Ils l’ont transformée. Ils ont gouverné. Cette conclusion fait regretter qu’elle ne soit pas une troisième partie, plus positive, sur ce qui marche chez les autres et dont on pourrait si utilement s’inspirer.

Mathias Chauchat, professeur de droit public à l’Université de la Nouvelle-Calédonie 

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