payday loans
Le LarjeLes travauxLectures annotéesLe déni français de Sophie Pedder

Rechercher sur le site du LARJE

Le déni français de Sophie Pedder

Sophie Pedder, britannique, vivant en France, aimant la France et mère d’enfants binationaux, est la chef du bureau de The Economist à Paris. Elle a fait paraître ce petit pamphlet incisif sur la France vue par une Anglaise, « Le Déni français » et qu’elle sous-titre : « les derniers enfants gâtés de l’Europe » (Editions JC Lattès, sept. 2012, 14,80 €).

 

 

Face à un président qui répète que la situation s’améliore et que la croissance revient, les Français ne méritent-ils pas mieux que d’être infantilisés ? La classe politique aime à les présenter comme des victimes, ce qui les exonère de toute action.

Elle part du constat partagé qu’on demande déjà des efforts aux Français. Mais on est dans l’aveuglement volontaire (p. 30). Dette et dépenses continuent à grimper. Le seul point positif est que le discours a changé. La dette est devenue un problème. Mais les comportements n’ont pas suivi. Toute l’Europe s’est mise au redressement des comptes publics, mais pas la France qui, à bon compte, peut vanter sa stabilité.

Si la dépense publique élevée est un choix semblable à celui de beaucoup d’autres pays européens (p. 45), le système français garantit un niveau de vie plus élevé qu’ailleurs. Mais la face cachée du modèle est la multiplication de l’emploi public (ou aidé), la précarisation de ceux qui n’ont pas acquis de statut et un rapport qualité-prix contestable des services publics (p. 73 et 77). L’illusion est produite par le sous-investissement français et l’importance de l’emprunt pour financer les dépenses courantes. Ce n’est pas ainsi qu’on prépare l’avenir.

La France est irréformable, sans doute. Il serait difficile, sans graves troubles sociaux, de lui appliquer les recettes espagnoles, britanniques ou même allemandes. Mais la Suède dont le modèle social est proche, a su en 1992 faire les pas nécessaires (p. 89). Le pays avait perdu son triple A et sombrait. Règle d’or, baisse des dépenses très ciblées sur le périmètre de la fonction publique, les pensions de retraite et les allocations chômage. Mais on a conservé la politique familiale qui aide les femmes à travailler, et la santé, sources de compétitivité du pays.

Dans la conscience collective, il faut faire payer les riches et la réglementation doit protéger les Français. Sophie Pedder montre qu’on a sans doute atteint les limites de la pression fiscale, car le rendement de l’impôt baisse au fur et à mesure qu’on l’augmente (p. 103) et que les règlementations doivent également être conçues en faveur de la compétitivité. Les considérations sur les Français et le travail sont cruelles (p. 132). On répondra que les Français sont les plus productifs (8% de plus qu’un Allemand sur une heure de travail). Mais cela ne compense pas, et loin de là, le faible nombre d’heures travaillées (p. 134). Bref, il faut apprendre à créer la richesse avant de la redistribuer (p. 155).

Sa conclusion rejoint son introduction. La France a des atouts réels, mais elle vit dans le déni. Elle attend une reprise qui viendrait des autres et ignore l’effort. Elle énumère la litanie des occasions manquées, le rapport Pébereau sur la dette en 2006, la commission Attali pour la libération de la croissance en 2007, les innombrables rapports alarmistes. Ce n’est pas l’information sur le cap qui manque à la France, c’est la volonté.

Aller au haut